Il est dans toutes les bouches. Il est dans toutes les chansons et dans beaucoup de proverbes urbains.
D´où vient ce mot qui s´est imposé, au fil du temps, partout en Côte d´Ivoire et dont l´emploi s´est répandu hors des frontières ivoiriennes, dans la sous-région, au Cameroun, dans les deux Congos,…?
Son origine Nouchi n´étant plus qu´un lointain souvenir, il fait partie des mots qui se sont faits une place indiscutable dans ce que j´appelle le « parler ivoirien ».

Oui, je préfère de loin « Parler ivoirien » à nouchi qui charrie une forte connotation péjorative. 

Car qui dit Nouchi pense un peu, quelque part, à la petite criminalité aux abords des marchés, des cinémas, des gars, des maquis, des bars… faite d´attaque au couteau, de vols à la tire , perpétrés par des jeunes désœuvrés et drogués aux mines patibulaires.

Mougou décrit donc en soi, dans le « Parler ivoirien », l´acte sexuel. L´argot francais n´est pas en reste qui recèle de nombreux mots pour le désigner. Mais pour faire civilisé, pour le sublimer, généralement, on dit « Faire l´amour ».

Il y a six ans, en 2012, un internaute posait la question sur Facebook de savoir quelle en était l´origine.
C´est ma réponse d´alors mais retouchée que je vous propose.

Ce qu´il faut noter, « mougou » est un mot d´origine malinké. On dira Dioula en Côte d´Ivoire. Et il signifie poudre ou farine!

Pas plus pas moins. Mais comment a-t-il migré de son sens originel à celui qu´on connait aujourd´hui?

Pour le comprendre, il faut remonter à l´argot (français). « Tirer une brelle », « tirer un coup ».
C´est la dernièr expression, en l´occurence, « tirer un coup » qui a inspiré « mougou » dans le sens de copulation.
En effet, « mougou » signifie, stricto senso, farine, poudre. Ainsi le dioula (on va préférer cette appellation à 
malinké ou bambara pour une plus grande compréhension) dira:
« gnon mougou » pour farine de mil, « kaba mougou » pour farine de mais, « non-nô mougou » pour lait en poudre et par extension, cocaine…
Il devient miette et s´emploie aussi pour petite monnaie au lieu de « wari missain » quand il est prononcé doublement (mougou-mougou)

Comment « Tirer un coup » s´est-il invité dans le patrimoine langagier ivoirien? Comment est-il passé de signifiant (farine) au signifié (copulation)? L´expression anglaise « The sky is the limit » prend, ici, tout son sens et c´est ce qu´il y a de mieux pour décrire l´imagination de l´ivoirien qui s´approprie les expressions d´ailleurs, les apprivoise, les dompte et les utilise dans les sens qu´il veut, comme il veut. 

Maintenant de la corrélation entre « Tirer un coup » et « Mougou »

Chaque ivoirien sait désormais ce qu´un « Dozo ». Ce chasseur mythique de l´Ouest africain qu´on trouve aussi bien en Côte d´Ivoire, en Guinée, au Mali (là-bas, c´est prononcé parfois Donzo), au Burina-Faso, au Ghana, en Sierra-Leone…et auquel on attriue des pouvoir mystiques et qui detiennent la science de la fabrication des armes à feu depuis la nuit des temps. Cette expression a donc toujours fait partie de leur patrimoine langagier. Et ne s´emploie que pour dire abattre un animal ou faire feu sur…
En dioula donc, « Tirer un coup se dit « ka mougou tchi ».
Au début de l´interprétation, il était usuel de prononcer la phrase entière mais au fil du temps, il a été abrégé 
pour « gagner temps » comme dirait l´ivoirien. L´érosion sémantique a dénudé l´expression de ses attributs « ka…tchi »pour n´épargner que « mougou », seul survivant de la fratrie.

Au fil de son évolution, « Mougou » s´est enrichi du mot « bri » qui veut dire aussi bien, « courber » en dioula que, brigand qui est rendu par le diminutif « Bri » en nouchi.
 Ainsi, « Brimougou », renferme une ambiguïté, une ambivalence; il peut vouloir dire prendre sa compagne dans la position courbée (la levrette ou dog ou doggy style). C´était l´expédiant incontournable donc prisé à une certaine époque où ramener une fille à la maison, chez ses parents, pour un adolescent était équivalent à défier la mort, un hara-kiri.

Une époque où les mœurs étaient soumises à un contrôle plus stricte.Ce n´était pas UNE option mais L´option avec grand L.

L´autre variante, le « débout cueilli » adossé à un mur, à une voiture, à un arbrbe…
On en arrive au second sens. « Brimougou » veut dire aussi coucher avec une femme sans son consentement explicite.

C´était le moyen des nouchis, qui misaient sur la peur qu´ils inspiraient, pour assouvir leurs besoins. On parle de viol dans ce cas! Les plaintes étaient rares à cause
de l´appréhension que ça pouvait faire empirer les choses 
et exposer à plus d´agressions. Bref!

Depuis, le mot a fait son petit bout de chemin et de nouveaux dérivés s´y sont ajoutés, laissant intact la racine:

« Mougousson », « Mougouli » (copulation) & « Mougoupan ». La particule « pan » ici ne voulant pas dire bondir ou sauter de joie ou de plaisir mais s´apparente plus à l´expression anglo-américaine « one night stand » ou sexe sans lendemain, aventure sans suite, prendre la tangente, disparaître, brouiller ses pistes, partir dans l´intention de ne plus revenir ou d´entretenir un quelconque contact…
Un acte de „trahison“ qui laisse un arrière-goût d´abus!

Dans ce cas de figure, la victime du « mougoupan » cherche en vain à retrouver son « bourreau », n´arrive plus à le joindre sur le numéro de téléphone laissé, quoique parfois bon.
La victime réalise qu´elle a été utilisée, elle déprime et appelle tous les malheurs sur elle. Quand elle en guérit (oublie), elle réapprend à vivre. Jusqu´à la la très probable rechute! On n´y peut rien. La tentation est trop forte.

 

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