Traoré: le patronyme le plus répandu en Afrique de l´Ouest.

Avez-vous déjà été confronté à la question: „Quel est le patronyme le plus répandu en Afrique?“
Avez-vous déjà ressenti cette question comme une injustice faite au continent? Injustice qui tend à considérer l´Afrique comme un pays, un petit village?
Vous est-il déjà arrivé, parfois avec dépit, de retourner la même question à votre interlocuteur occidental,: „Dites, c´est quoi le patronyme le plus répandu en Europe?“
Si oui, avez-vous remarqué, la pause qu´il met avant de vous dire: „Globalement, on peut parler de patronymes les plus répandus en France, en Allemagne, en Pologne, en Roumanie…Mais en Europe, en Europe euh…“

Même s´il est dit qu´il n´y a pas de questions stupides, il y a quand même celles qu´on devrait poser après avoir réfléchi.
C´est d´autant déconcertant que ces questions sont posées par des gens qui ont inventé le livre, l´imprimerie, la bibliothèque, la radio, l´avion, le train, la télévision, l´internet, google, wikipedia et j´en passe.
Ah non pas si vite! Il faut ajouter que ces mêmes gens ont inventé la boussole et les navires qui ont accosté les côtes africaines des centaines de siècles auparavant.
Ce sont les mêmes qui vous demandent aussi comment se dit bonjour en „africain“! Mais qui savent qu´il n´y a pas „une langue“ européenne mais des langues européennes.
Y´en a même qui pensent naïvement qu´un sénoufo de Tengrela est censé comprendre ce que dit l´aborigène d´Australie.
C´est moins par bêtise que par le fait que leurs priorités sont ailleurs. Une Afrique qui met pas en scène les éléphants, les lions, les moustiques, les coup
d´états, les dictatures, les gamins aux ventres ballonnés, le paludisme…
n´intéresse pas grand´monde hormis peut-être les „experts“ des questions africaines et quelques autres qui ont, d´une façon ou d´une autre, une certaine affinité avec
l´Afrique.
Quand je suis de bonne humeur et quand c´est des proches, je prends le temps qu´il faut, de leur expliquer que l´Afrique, au même titre que l´Amérique ou l´Asie est un continent presque trois fois plus étendu que l´Europe, qui compte plus de 50 pays/États, que dans certains d´entre eux, plus de 200 différentes langues sont parlées (j´aime pas employer ethnies)…
Généralement,je suis indulgent. Surtout avec les allemands. Leur aventure coloniale a tourné court avec la première guerre mondiale. On l´oublie trop souvent mais le Togo, le Cameroun, La Tanzanie, la Namibie et autres furent leur part du gâteau.
Ils n´ont pas eu le temps que les britanniques, les français, les espagnols et les portugais ont eu pour s´imprégner de certaines réalités linguistiques et culturelles africaines. Je leur concède la grâce de celui qui n´est vraiment pas censé savoir.

Pour en revenir à l´interrogation de savoir quel est le patronyme africain le plus répandu,il est peut-être bon de rappeler que chaque patronyme à une histoire et contient des information sur les origines ethniques, régionales et historiques d’une personne. Une sorte de ADN culturelle peu ou pas exploitée cependant.
On constate malheureusement qu´il n´existe pratiquement aucune étude onomastique pour aborder cet aspect essentiel de nos cultures.
Car dans nos sociétés africaines, le patronyme détermine le statut de la personne qui le porte, la place qu´elle occupe dans la hiérarchie des couches sociales. Chez les malinkés on parle des hôrons ou nobles, des Niamakalas ou artisans, des Djélis ou griots, des Bozos ou pêcheurs, des Dozos ou chasseurs, des Noumous ou forgerons, de Djons ou captifs etc.. Il détermine aussi la manière dont les relations humaines ont à être menées et donne son cours à une conversation ou une discussion entre deux personnes qui se rencontrent. Voilà pourquoi, tout commence par „ (i) djamou douma“. Qui ne signifie ni plus ni moins que „quel est ton nom de famille?“
Au pays Mandé c´est suivant le principe „dis-moi ton patronyme, je te dirais qui tu es“.
Pour les personnes averties et pour les inimitiés, en tout cas.
L´intention n´étant point de déconsidérer, de toiser ou de mépriser la personne. Ça répond à un souci tout simplement culturel. Bref!

Honnêtement, quelle chance a-t-on de trouver des patronymes communs aux zoulous, aux peulhs, aux akans , aux haoussas, aux malinkés etc…?
Pour dire que c´est peine perdue de parler DU patronyme africain.
Mais, oui un grand „mais“, si on confine la question à un pays , mieux, à une région naturelle, la probabilité de trouver une réponse plus ou moins satisfaisante devient plus grande.

Pour la sous-région ouest-africaine, je dirais sans sourciller que le patronyme le plus répandu est TRAORÉ. La première personne connue ayant porté ce patronyme fut Touramakan Traoré qui n´était rien moins que le neveu, le bras-droit et le Chef d´État-Major de Soundiata Keita qui lui doit toutes les victoires glanées lors des guerres qu´il a menées.
Pourquoi Traoré? D´abord parce que des millions de personnes portent ce patronymes dans presque tous les pays de la sous-région à une ou deux exceptions près: Côte d´Ivoire, Guinée, Sénégal, Mali, Buekina Faso, Togo, Niger, Gambie, Guinée-Bissau, Mauritanie, Ghana, Libéria, Sierra-Leone et ensuite des millions d´autres qui portent l´équivalent (les noms correspondants) de ce patronyme. C´est ainsi qu´il faut ajouter les Ouédraogo, les Samparé, les Diabaté, les Diabagaté, les Yéo, les Dembélé, Diamoutène, les Niakaté, les Niaré, les Dramé, les Tangara, Signaté ou Siniaté, les Diop, les Diouf, les Sanogo, les Yatera, les Yatara, les Ouattara, les Kantao, les Compaoré…qui sont tous des Traoré.

Quoi que vérifié, je ne détiens aucune explication du comment et du pourquoi. La seule certitude à ma disposition concerne le patronyme Diabagté ou Diabaté.

Djibril Tamsir Niane l´explique assez bien dans son livre „Soundiata ou l´épopée Mandingue“.
Brièvement résumé, c´est l´histoire de deux frères Traoré qui ont pris sur eux de tuer le buffle qui terrorisait le village de Do. Ce buffle en question n´était autre que la tante de Sogolon Kedjou (tchèdjougou ou la laide) la maman de Soundiata Keita qui, du fait des pouvoir qu´elle avait se transformait en cet animal pour semer la peur, la crainte et l´angoisse dans le village qu´elle avait dû quitter chassée par son frère qui en était le chef.
Une fois dans le périmètre du buffle qui avait déjà senti la présence de ces deux chasseurs, il (le buffle) laissa tonner un bruit qui fit trembler la terre. L´aîné des frères Traoré chercha son salut sur la cime d´un arbre tandis que le plus jeune resta pour affronter la charge du buffle qu´il tua..
Quand il descendit de l´arbre, l´aîné s´adressa à son cadet en des termes très laudateurs, très flatteurs à la manière d´un griot (atalaku).

quand le jeune frère tua la buffle le grand frère se lança dans une envolée lyrique pour chanter les louanges de son jeune frère qui, impressionné à son tour par le talent oratoire de son ainé, lâcha: « N’koro ni kun kera Djeli ye I djè Baga tèyen » . Littéralement traduit, ça donne: „Grand frère, si tu étais un griot, il n´y aurait personne pour te refuser quoi que ce soit“.
Au fil du temps, „Djè baga teyen“ est devenu Diabagaté et aussi Diabaté. La lignée du plus jeune est restée noble tandis que celle du plus âgé est venue s´ajouter à la caste des griots par la force des choses.

8 réponses à Traoré: le patronyme le plus répandu en Afrique de l´Ouest.

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